La fête semble terminée, pour un temps du moins. En l’espace de quelques semaines, le Bitcoin a perdu plus de 20 % de sa valeur, passant sous la barre symbolique des 100 000 dollars début novembre avant de se stabiliser autour de 105 000 dollars. Ethereum et Solana ont souffert encore davantage, reculant respectivement de 30 % et 41 % depuis leurs plus hauts de l’année.
Cette correction intervient dans un climat de nervosité généralisée. La hausse des taux réels et le ton jugé plus restrictif de la Réserve fédérale ont refroidi l’appétit pour le risque. Le président de la Fed Jerome Powell a laissé entendre que la baisse de taux d’octobre pourrait être la dernière de l’année, signalant un retour à la prudence monétaire.
Les marchés actions ont reculé, entraînant dans leur sillage les actifs numériques, souvent corrélés dans les phases de stress macroéconomique.
Mais le véritable tournant s’est produit un mois plus tôt. Le 10 octobre, un message publié sur Truth Social par Donald Trump annonçant des tarifs douaniers de 100 % contre la Chine a déclenché une panique éclair : plus de 19 milliards de dollars de positions crypto ont été liquidés en quelques heures, un record historique selon CoinGlass.
Cet épisode, désormais surnommé le “10/10 crash”, a laissé des traces profondes dans le marché.
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Une mécanique de liquidité enrayée
Au-delà de la volatilité conjoncturelle, un phénomène plus structurel se dessine : le ralentissement de la liquidité. Dans une note publiée le 5 novembre, le market maker Wintermute rappelle que “l’adoption technologique peut porter le récit de long terme, mais c’est la liquidité qui déplace réellement les prix”. Depuis le printemps, les trois principaux canaux d’alimentation du marché (les stablecoins, les ETFs et les Digital Asset Treasuries) montrent des signes d’essoufflement.
Ces instruments constituent les principales portes d’entrée du capital dans l’écosystème. Les stablecoins incarnent la liquidité on-chain et servent de collatéral aux marchés dérivés. Les ETF crypto canalisent les flux institutionnels et passifs depuis la finance traditionnelle. Les Digital Asset Treasuries (DATs), enfin, sont des sortes de fonds tokenisés qui lient des actifs traditionnels à la liquidity on-chain.
Selon Wintermute, ces trois canaux ont connu une forte expansion entre début 2024 et mi-2025 : les DATs et ETF sont passés d’environ 40 à 270 milliards de dollars, tandis que l’encours total de stablecoins a doublé à près de 290 milliards. Mais cette dynamique s’est depuis nettement tassée. “La liquidité n’a pas disparu, elle circule simplement à l’intérieur du système au lieu de l’élargir”, explique la société de trading.
Autrement dit, les capitaux ne quittent pas le marché, mais ils ne s’y ajoutent plus. Les rotations se font entre Bitcoin, Ethereum et les altcoins, sans afflux net de nouveaux investisseurs.
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Une économie auto-financée
Cette situation traduit ce que Wintermute appelle une phase “auto-financée”, où le marché tourne sur lui-même. Les fonds existants se déplacent d’un actif à l’autre, provoquant des hausses éphémères et des corrections brutales. Les volumes restent élevés, mais la profondeur de marché se réduit, rendant les liquidations plus violentes et les rallyes plus courts. Ce phénomène est accentué par le comportement des détenteurs de long terme.
Beaucoup de ceux qui adhèrent à la théorie du cycle de quatre ans du Bitcoin vendent leurs positions, convaincus que nous sommes proches du sommet.
Pour l’instant, la macroéconomie ne vient pas au secours des cryptos. La masse monétaire mondiale reste en expansion, mais l’argent préfère d’autres terrains de jeu, notamment les marchés actions. Le maintien de taux de court terme élevés incite les investisseurs à garder leurs liquidités dans des bons du Trésor plutôt que de les déployer dans des actifs risqués. Les cryptos, jadis grands bénéficiaires des périodes d’assouplissement, se retrouvent aujourd’hui privées de carburant externe.
Les signaux d’un futur redémarrage
Pour sortir de cette phase de stagnation, il faudra un retour des flux externes. Wintermute identifie plusieurs signaux à surveiller : une reprise de l’émission de stablecoins (indicateur de la demande on-chain en collatéral), de nouvelles créations d’ETFs crypto, synonymes d’un regain d’intérêt institutionnel, et un redémarrage des DATs.
Chacun de ces canaux reflète un moteur de liquidité distinct : la demande spéculative pour les stablecoins, la demande institutionnelle via les ETFs et la demande de rendement à travers les DATs. Leur synchronisation avait propulsé le marché en 2024-2025. Leur ralentissement simultané signe aujourd’hui la fin du cycle d’expansion.
Mais cette pause n’est pas forcément un mauvais signe. Elle peut permettre au marché de se consolider, d’intégrer les gains accumulés et de préparer la prochaine vague. Si les conditions monétaires se détendent à nouveau, le carburant de la liquidité pourrait revenir plus vite qu’on ne le pense.
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