Comment Boros veut compléter Pendle avec ses nouveaux rendements

23.09.2025
Comment Boros veut compléter Pendle avec ses nouveaux rendements
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Boros s’attaque au marché des fundings, encore largement inexploité en DeFi. Son objectif : apporter des rendements fixes là où la volatilité domine.

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Ce qu’il faut savoir avant de commencer

Boros est une application de trading spécialisée dans les rendements. Elle propose aux investisseurs d’utiliser de l’effet de levier sur différentes sources de revenus, en commençant par les funding rates des contrats perpétuels, la catégorie la plus échangée des produits dérivés crypto.

Concrètement, Boros permet de transformer un taux variable payé ou reçu sur une position en un taux fixe. Une manière de neutraliser la volatilité souvent extrême de ces taux et d’apporter davantage de visibilité sur le coût de détention d’une position.

Le protocole est pour l’instant déployé uniquement sur Arbitrum, le layer 2 d’Ethereum. Lancé très récemment, il reste accessible à un nombre limité d’utilisateurs, un choix assumé pour réduire les risques liés à ses premières expérimentations.

Les origines de Boros

Boros est né dans le sillage de Pendle, l’un des protocoles phares de la DeFi pour le trading de rendements. Les deux projets sont étroitement liés : c’est la même équipe qui est derrière leur développement, avec une logique de complémentarité.

Pendle a introduit un mécanisme qui a largement contribué à démocratiser le marché des taux fixes en crypto. Chaque actif générant un rendement peut y être scindé en deux composantes : le Principal Token (PT), comparable à une obligation zéro-coupon puisqu’il ne rapporte rien mais est garanti à maturité, et le Yield Token (YT), qui concentre les revenus attachés à l’actif et peut s’échanger séparément.

>> Pendle (PENDLE) : Analyse de la nouvelle star de la DeFi

Cette approche a connu un succès massif avec l’USDe, le stablecoin d’Ethena. Grâce à sa stratégie de basis trading (une position short sur un contrat perp collatéralisée par l’actif détenu en spot) l’USDe génère des revenus réguliers.

Il représente aujourd’hui plus de la moitié des dépôts sur Pendle : 9,03 milliards de dollars sur un total de 13,95 milliards, dont 5,6 milliards liés directement aux rendements et 3,46 milliards à l’anticipation du futur airdrop d’Ethena. Ce partenariat a propulsé les deux protocoles dans le haut du classement DeFi.

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Ethena a ainsi popularisé les fundings, ce mécanisme de financement qui ajuste en continu le prix d’un perp à celui de son sous-jacent. Lorsque le contrat s’échange au-dessus du spot, les positions longues paient les shorts, et l’inverse lorsque le perp est sous-évalué. Ces rendements peuvent se révéler très lucratifs en marché haussier, mais leur forte volatilité les rend difficilement exploitables par des stratégies qui exigent une stabilité des flux.

C’est précisément cette limite qui a conduit l’équipe de Pendle à concevoir Boros. L’architecture de Pendle ne permet pas de traiter les fundings, puisqu’il s’agit d’une source de rendement avant tout offchain, issue des plateformes centralisées, alors que Pendle se concentre exclusivement sur des tokens onchain.

Avec Boros, l’objectif est d’aller plus loin : permettre le trading à effet de levier sur les fundings et, plus largement, sur n’importe quel type de rendement, qu’il soit natif à la blockchain ou non.

Fonctionnement

Boros repose sur un oracle chargé de transmettre les données offchain nécessaires au calcul des rendements. Contrairement à Pendle, il n’a donc pas besoin d’un token spécifique pour fonctionner.

Pour l’heure, l’application se limite au trading des fundings. Chaque marché correspond au funding d’un actif sur une plateforme donnée et dispose d’une date de maturité. Seuls deux actifs sont actuellement couverts : le bitcoin et l’ether, via Binance et Hyperliquid.

Le cœur du mécanisme repose sur les Yield Units (YU). Chaque YU représente le rendement d’une unité de collatéral jusqu’à l’échéance du marché. Par exemple, détenir un YU-ETHUSDT donne droit à percevoir les règlements du funding d’un ether jusqu’à la maturité.

Le fonctionnement s’adapte au rythme de chaque Bourse. Chez Binance, les fundings sont réglés toutes les huit heures. Lors de chaque échéance, les détenteurs de YU paient le taux fixe correspondant à leur prix d’achat et reçoivent le taux variable du marché ; inversement, ceux qui ont vendu des YU encaissent le taux fixe et paient le taux variable.

Autre différence notable avec Pendle : Boros intègre directement un système de levier. Pour l’instant, celui-ci reste limité (inférieur à 2), mais il devrait être relevé progressivement afin d’améliorer l’efficience du capital à mesure que le protocole gagne en envergure.

Stratégies

Avec Boros, plusieurs approches sont possibles. La première consiste à acheter du YU afin de couvrir le funding d’une position ouverte. Cela permet de verrouiller à l’avance le coût du maintien de cette position et de se prémunir contre la volatilité des taux.

Une autre stratégie est de vendre du YU, ce qui revient à figer le rendement d’un basis trade. Dans ce cas, l’investisseur choisit d’encaisser un taux fixe en contrepartie du versement du taux variable.

Boros peut aussi servir de simple outil de spéculation : parier à la hausse ou à la baisse sur l’évolution du prix d’un YU revient à anticiper la trajectoire des fundings.

Enfin, le protocole permet de fournir de la liquidité via des coffres (vaults) qui déploient des stratégies automatisées de market making. Cette option peut être rentable lorsque les taux fixes annualisés évoluent à la hausse, mais elle n’est pas sans risque : en fonction du marché, les fournisseurs de liquidité peuvent subir un manque à gagner, voire des pertes.

Les rendements fixes : la nouvelle tendance de la DeFi

Boros s’inscrit dans un mouvement plus large : la montée en puissance des rendements fixes en DeFi. Encore marginale il y a deux ans, cette demande s’est affirmée avec le succès de Pendle, devenu en peu de temps un protocole incontournable.

La première vague d’applications décentralisées reposait presque exclusivement sur des taux variables. Le meilleur exemple reste Compound, dont le modèle de prêts et d’emprunts ajustait les taux en temps réel en fonction de l’utilisation des actifs disponibles. Ce choix s’expliquait autant par les contraintes techniques des blockchains de l’époque que par la souplesse apportée par des taux flottants.

Le paysage a changé. De plus en plus d’acteurs explorent désormais la voie du fixe. Euler propose des prêts à taux stable sur certains coffres, comme celui du stablecoin Usual, tandis que la V2 de Morpho fait de ce mécanisme une de ses priorités.

Boros vient compléter cette évolution en appliquant la logique du fixe à une autre source de rendement : les fundings. Là où ces flux ont toujours été marqués par une forte volatilité, le protocole cherche à la neutraliser pour offrir une meilleure visibilité aux traders. Objectif : rendre plus prévisibles les coûts de maintien d’une position longue ou courte et permettre de bâtir des stratégies plus robustes.

Evolution des fundings sur Bitcoin / source : CryptoQuant

Limites et risques

Boros se distingue de Pendle par son choix technologique : au lieu d’un automated market maker (AMM), il repose sur un carnet d’ordres. Ce modèle est souvent considéré comme plus efficace pour assurer une véritable formation des prix, mais il se heurte à un défi majeur au lancement : attirer suffisamment de liquidité pour garantir une exécution fluide et compétitive.

Les coffres (vaults) qui facilitent l’apport de liquidité ne sont pas exempts de risques. Ils impliquent des stratégies plus complexes qu’un simple dépôt dans un AMM et peuvent exposer les investisseurs à des pertes, contrairement aux mécanismes de Pendle qui permettent de limiter l’impact de la volatilité si l’on conserve sa position jusqu’à maturité.

Il faut aussi rappeler que Boros s’attaque à un marché encore embryonnaire. L’open interest total sur l’ensemble des contrats perpétuels dépasse 200 milliards de dollars, mais Boros n’en capte que 78 millions. Même constat pour sa valeur totale bloquée (TVL), qui reste faible malgré une progression régulière. Autrement dit, le protocole est encore minuscule face à l’ampleur du terrain qu’il ambitionne de couvrir, et son développement prendra du temps avant d’atteindre une profondeur de marché suffisante pour accueillir des positions de taille institutionnelle.

TVL de Boros / source : DefiLlama

L’avenir de Boros

Boros a vocation à compléter l’écosystème Pendle plutôt qu’à s’en détacher. Aucun nouveau token n’est prévu : le protocole repose sur le PENDLE, déjà en circulation. Son modèle économique s’appuie sur deux sources de revenus : des frais de 0,05 % sur chaque échange et une commission de 0,2 % lors des règlements des intérêts.

L’ambition est claire : devenir la place de marché de référence en DeFi pour le trading de taux d’intérêts. Pour y parvenir, Boros a choisi de concentrer son lancement sur les fundings, l’une des plus importantes sources de rendement du marché crypto. Une manière de s’attaquer à une base solide avant d’élargir son offre.

Au-delà de ce positionnement, Boros cherche à enrichir la DeFi en y introduisant de nouvelles sources de revenus liées directement à la volatilité. La standardisation des taux fixes ouvre la porte à des stratégies plus sophistiquées, qui nécessitent une visibilité accrue sur leurs coûts et leurs rendements. Les Yield Units (YU), qui tokenisent ces flux, pourraient devenir un nouvel élément de construction pour d’autres protocoles, à l’image des Principal Tokens (PT) de Pendle. Une intégration en cascade qui, si elle se confirme, renforcerait l’ensemble de l’écosystème.

Format
Analyses
Lorris Beziers

Lorris Beziers est Digital Assets Research Analyst chez The Big Whale, un média crypto basé à Paris, poste qu’il occupe depuis janvier 2024. Ses travaux publiés couvrent plusieurs sujets liés aux actifs numériques, notamment les marchés de prêt DeFi, l’architecture des blockchains layer 2, les mécanismes de MEV, les plateformes de dérivés on-chain et les infrastructures blockchain institutionnelles. En parallèle, il est Associate chez White Loop Capital, une société française d’investissement privé spécialisée dans les crypto-actifs, depuis octobre 2024.

Avant de rejoindre The Big Whale, Beziers a travaillé comme DeFi Analyst chez Mon Livret C de juin à août 2023, où il a analysé des projets Web3 couvrant les blockchains, les stablecoins et les protocoles, évalué des opportunités de rendement sur des protocoles de finance décentralisée et conçu un cadre d’évaluation des risques pour les blockchains layer 2. Il est diplômé de NEOMA Business School et a effectué une classe préparatoire ECS au Lycée Masséna. Il détient des certifications d’IBM et de Bocconi, avec des compétences en Web3, finance et data.

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