Strategy a déclaré la vente de 32 BTC entre le 26 et le 31 mai pour 2,5 millions de dollars, destinés à financer les dividendes de ses actions de préférence. Treize jours plus tôt, elle achetait 24 869 BTC pour 2,01 milliards. Deux opérations opposées, pour un solde massivement acheteur.
“Achat et vente de BTC par Strategy ne correspondent pas à la même stratégie, mais peu l'ont compris”, résume Thierry Lobjois, directeur commercial de Paymium. La stratégie historique lève des capitaux en actions pour accumuler du bitcoin (843 706 BTC, près de 60 milliards de dollars) et “n'a pas vocation à vendre”.
La seconde, plus récente, repose sur les actions préférentielles STRC, un produit qui rémunère à 11,5 % de coupon (contre 9 % à l'origine) sans maturité. Servir ces dividendes suppose de la liquidité : c'est là, et seulement là, qu'interviennent les ventes.
Pour Alexandre Laizet, directeur général de Capital B, une société cotée française qui s’inspire du modèle de Strategy, rien n'a été subi. Tout avait été annoncé par son président Michael Saylor lors de la publication des résultats financiers. “C'est la première fois qu'on peut prévoir au bitcoin près ce que va faire l'entreprise”, explique-t-il : rachat de dette, puis vente d'un peu de bitcoin pour “inoculer le marché”.
Il y lit trois objectifs : conforter la candidature de Strategy au S&P 500 en prouvant que le trésor est cessible, soutenir un relèvement des notations (un “B-” déjà obtenu de S&P) et crédibiliser le crédit digital. Le vrai changement de doctrine, selon lui : “Avant, ils payaient les intérêts en émettant des actions, désormais ils assument qu'ils peuvent aussi les payer avec leurs bitcoins”. Conclusion : “32 bitcoins, ce n'est pas un événement majeur. Mais symboliquement, c'est un tournant.”
Reste l'argument fiscal. Aux États-Unis, une société choisit les lots qu'elle cède : “Elle choisit donc ceux achetés à 120 000 dollars pour réaliser une moins-value”, note Thierry Lobjois, un procédé déjà employé fin 2022. Alexandre Laizet le juge toutefois secondaire : “On parle de seulement 32 bitcoins. C'est ce qui prouve que l'enjeu fiscal n'est pas le sujet principal”.
Et si le bitcoin s'effondrait ? Un décrochage, en soi, ne menace pas la structure. “Il n'y a pas de risque de liquidation : c'est un produit perpétuel, sans maturité”, souligne Alexandre Laizet. Il file l'image d'un emprunteur immobilier au chômage un an : ce qui compte n'est pas de tout rembourser en six mois, mais la capacité de paiement mensuelle. Strategy disposerait d'”environ un an de dividendes en cash et de quarante ans payables en bitcoins”.
La pression se loge ailleurs, dans le coût du financement. Le coupon de STRC est monté à 11,5 %, moins à cause du bitcoin que de la concurrence (Strive a lancé SATA, rémunéré à 13 %). Côté actions ordinaires, si le mNAV (déjà proche de 1,0x) passe sous 1, toute émission devient destructrice de valeur. Aucun mécanisme n'impose de vendre le trésor, mais tous deux renchérissent l'accès au capital quand le bitcoin faiblit.
L’analyse de The Big Whale
Le plus frappant n'est pas la vente, mais l'écart entre ce que le marché y perçoit et ce qu'elle recouvre. Beaucoup lisent encore Strategy via le schéma de 2024 (émettre, acheter, capter une prime), où céder 32 BTC ne peut qu'être un reniement du “never sell”. L'entreprise a pourtant bifurqué : une machine d'accumulation et une machine de crédit digital coexistent, chacune avec sa logique. “Le modèle est simple, mais pour qu'il soit simple, derrière, c'est très sophistiqué”, résume Alexandre Laizet.
Deux réserves, que des acteurs engagés dans l'écosystème ne soulignent pas : tout reste adossé à un actif unique et volatil, et la solidité décrite suppose un accès ininterrompu au crédit et une appréciation, même modeste, du bitcoin. Pour un institutionnel, 32 bitcoins ne disent rien de la solidité de Strategy.
Ce qui le dira en revanche : la demande pour ses titres de crédit face à des concurrents comme Strive, son coût de financement, et la capacité du bitcoin à rester un collatéral crédible aux yeux des agences et des indices.
>> Rapport - Bitcoin Treasury Companies : un modèle unique au monde







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