En bref
- Cinq allocations de portefeuille distinctes ont été analysées en 2025 à l’aide de plusieurs indicateurs.
- Le portefeuille “Mag7” arrive en tête en termes de performance absolue, mais enregistre également le drawdown le plus élevé.
- Le portefeuille d’actifs tangibles (or + bitcoin) surperforme le benchmark et l’ensemble des autres allocations en matière de performance ajustée du risque.
- Si l’on exclut la période allant du krach éclair jusqu’à aujourd’hui, l’allocation optimale du portefeuille d’actifs tangibles intègre une exposition de 10 % au bitcoin.
Présentation de la méthodologie
Cette analyse compare la performance, sur un an, de cinq portefeuilles représentatifs des grandes dynamiques actuelles des marchés financiers.
Les allocations étudiées sont les suivantes :
- Un portefeuille d’actifs tangibles, composé à parts égales de bitcoin et d’or ;
- Un portefeuille “Mag7”, réparti équitablement entre les sept plus grandes capitalisations boursières américaines au moment de l’étude ;
- Un portefeuille classique 60/40, avec 60 % d’actions et 40 % d’obligations ;
- Un portefeuille “altcoins–or”, combinant actifs risqués et actifs défensifs à hauteur de 50 % chacun ;
- Un portefeuille immobilier investi à 100 % dans un ETF immobilier mondial (iShares Real Estate Investment Trust – REET), exposé notamment au logement résidentiel, étudiant et aux habitats préfabriqués.
Ces portefeuilles ont été retenus car les actifs qui les composent présentent globalement une corrélation limitée entre eux. La corrélation la plus élevée se situe logiquement au sein du portefeuille Mag7, mais la corrélation moyenne entre les différentes composantes reste modérée, à 0,38, bien en-deçà du seuil généralement considéré comme élevé (0,6).
Les performances des actifs ont été calculées sur la période allant du 1er décembre 2024 au 1er décembre 2025, avec un suivi mensuel. À partir de ces données, les performances des portefeuilles ont été reconstituées en fonction des pondérations retenues, puis comparées à celle du S&P 500 sur la même période.
L’analyse se conclut par une comparaison détaillée des portefeuilles afin d’identifier l’allocation la plus performante sur l’année. Plusieurs indicateurs sont utilisés : le rendement total, la meilleure performance mensuelle, le drawdown maximal, ainsi que les ratios de Sharpe et de Sortino, qui permettent d’évaluer la performance ajustée du risque.
Pour les besoins de l’exercice, un capital notionnel de 1 million de dollars est investi dans chacun des portefeuilles. Si un portefeuille réel combinerait généralement plusieurs de ces expositions, l’objectif ici est différent : identifier quelle “narrative” de marché domine dans un contexte économique donné, repérer les actifs leaders, et en déduire des pondérations pertinentes pour une allocation de capital significative.
Les performances des portefeuilles actions, obligataires et immobiliers incluent les dividendes.
Les données de marché utilisées proviennent d’Investing. Le S&P 500 sert de benchmark principal et de référence pour le portefeuille 60/40. L’ETF obligataire mondial BNDW (Vanguard Total World Bond ETF) est utilisé comme proxy du marché obligataire. L’indice TOTAL2ES, qui regroupe les cryptoactifs hors bitcoin et stablecoins, sert de proxy pour les altcoins. Les sept actions du portefeuille Mag7 sont : Nvidia, Microsoft, Apple, Google, Amazon, Meta et Broadcom.
Analyse globale : le portfolio Mag7 est le plus performant, mais intègre beaucoup de risques
Le portefeuille Mag7 domine en termes de performance absolue, mais pas sur les indicateurs ajustés du risque.
Il surperforme le S&P 500 de plus du double, principalement grâce à trois sociétés liées à l’intelligence artificielle : Broadcom, Alphabet et Nvidia.
À noter que le portefeuille immobilier a été la meilleure allocation au premier trimestre 2025, avant d’être dépassé par le portefeuille d’actifs tangibles en mars, puis par le S&P 500 à la fin du mois de mai.
Les allocations exposées aux actifs numériques ont nettement surperformé l’ensemble des marchés financiers durant l’été, lorsque les portefeuilles altcoins et or ont progressé lors d’une brève “alt season”, emmenée par Ethereum, avant de rechuter brutalement en octobre à la suite d’un krach éclair et d’une faiblesse marquée en novembre.
Le portefeuille “altcoins-or” enregistre la meilleure performance mensuelle de l’ensemble des allocations analysées, avec un gain de 15,27 %.
À l’inverse, le portefeuille Mag7 subit le drawdown le plus important, à -15,64 % entre janvier et mars, dans un contexte de tensions liées aux annonces de droits de douane.
Le portefeuille présentant le risque de baisse le plus limité est le portefeuille immobilier, dont le drawdown maximal n’atteint que -2,6 %.
Quelle répartition entre l'or et le bitcoin ?
Une fois établi que le portefeuille d’actifs tangibles est le plus performant une fois le risque pris en compte, reste une question clé : quelle est la meilleure répartition entre l’or et le bitcoin ?
Pour y répondre, l’analyse s’appuie sur le concept de frontière efficiente. L’idée est simple : parmi toutes les combinaisons possibles entre deux actifs risqués, certaines offrent le meilleur rendement possible pour un niveau de risque donné. Ces combinaisons forment ce que l’on appelle la frontière efficiente.
À cette frontière s’ajoute une droite particulière, appelée droite d’allocation du capital (Capital Allocation Line, ou CAL). Elle représente les portefeuilles qui combinent des actifs risqués avec un placement sans risque, comme les bons du Trésor. Plus cette droite est pentue, plus le portefeuille offre un bon rendement pour le risque pris.
Dans le cas présent, la frontière efficiente regroupe toutes les répartitions possibles entre l’or et le bitcoin au sein du portefeuille d’actifs tangibles. Le point le plus important est celui où la droite d’allocation du capital touche la frontière : il correspond au portefeuille le plus efficient, c’est-à-dire celui qui affiche le meilleur ratio de Sharpe.
Sur l’ensemble de la période étudiée, ce portefeuille optimal est composé à 100 % d’or, sans exposition au bitcoin, avec un ratio de Sharpe de 4,27. Ce résultat s’explique principalement par le fort recul du bitcoin après le krach éclair du 10 octobre, qui a fortement dégradé son profil de risque. Sur l’année, le bitcoin termine quasiment à l’équilibre, tandis que l’or affiche une hausse marquée. Le portefeuille entièrement investi en or atteint ainsi un rendement de 63,14 %, avec une volatilité relativement contenue de 14,78.
L’analyse devient toutefois plus nuancée lorsque l’on exclut les trois derniers mois de l’année, particulièrement défavorables au bitcoin. Dans ce cas, la meilleure allocation n’est plus 100 % or. Le portefeuille le plus efficient combine environ 90 % d’or et 10 % de bitcoin. Son rendement est légèrement inférieur en valeur absolue, mais son ratio de Sharpe atteint 4,56, soit une efficience supérieure de près de 7 % à celle du portefeuille uniquement investi en or.
En résumé, sur l’année complète, l’or s’impose clairement comme l’actif dominant. Mais en l’absence du choc de volatilité de fin d’année, une petite exposition au bitcoin améliore encore le compromis entre rendement et risque.
L’avis de The Big Whale
Cette étude met en évidence plusieurs constats clairs. En 2025, l’environnement macroéconomique a été marqué par un net resserrement de la liquidité : hausse du chômage, taux d’intérêt à des niveaux inédits depuis plus de vingt ans, poursuite du quantitative tightening et signaux de récession envoyés par les indicateurs PMI de l’ISM. Dans ce contexte, les actifs numériques ont logiquement souffert.
Lorsque les flux vers les ETF crypto et les sociétés de trésorerie numériques (Digital Asset Treasuries) se sont taris, le marché a manqué de relais. Contrairement aux cycles précédents, les investisseurs particuliers ont été largement absents, faute de capital disponible à investir. Dans le même temps, les marchés actions ont fortement progressé, ce qui suggère que la liquidité, plus rare mais plus stable, s’est dirigée en priorité vers le thème dominant de l’année : l’intelligence artificielle.
Cette dynamique révèle une hiérarchie claire dans les choix d’allocation. Dans un environnement où le rendement sans risque baisse, les capitaux se concentrent d’abord sur les actions, et en particulier sur celles qui portent les récits les plus forts de l’économie mondiale. Les actifs numériques, pourtant risqués, ont été relégués au second plan. Peu d’observateurs avaient anticipé l’ampleur des ventes de la part des détenteurs de long terme, qui ont pris des profits, accentuant la pression à la baisse sur le bitcoin au dernier trimestre 2025.
À l’inverse, l’or s’est imposé comme la grande valeur refuge de l’année. Il a joué pleinement son rôle de protection face aux risques géopolitiques, surperformant l’ensemble des autres classes d’actifs. L’immobilier résidentiel mondial, de son côté, a continué de progresser, malgré un environnement macroéconomique tendu.
Au final, les choix d’allocation reflètent avant tout l’appétit pour le risque des investisseurs. Les actifs numériques se situent à l’extrémité la plus risquée du spectre. Lorsque les conditions de liquidité et de flux ne sont pas réunies, le secteur dans son ensemble subit des corrections brutales. À l’inverse, les actifs tangibles occupent une place centrale dans les portefeuilles en période de dépréciation monétaire.
Pour autant, le bitcoin et les autres crypto-actifs restent généralement cantonnés à des pondérations modestes dans les portefeuilles institutionnels, le plus souvent inférieures à 20 %, en raison de leur forte volatilité et de leur sensibilité au contexte macroéconomique.
Enfin, il convient de rappeler un point essentiel : les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Si l’exposition aux actifs numériques peut être pénalisante dans un environnement défavorable, une absence totale peut s’avérer tout aussi coûteuse lorsque le cycle se retourne.







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