Europe : “MiCA aura un impact aussi important que le RGPD”
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Dimitrios Psarrakis, qui est désormais lobbyiste à Bruxelles, a été pendant sept ans conseiller au Parlement européen et a travaillé sur le futur règlement sur les cryptos (MiCA). Pour lui, ce texte est un atout considérable pour l’UE.

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The Big Whale : Après plus de 18 mois de travaux, la réglementation MiCA vient d’être définitivement adoptée par le Parlement européen. Pourquoi est-ce une bonne nouvelle ?

Le secteur des cryptos est encore très jeune. À l’échelle de la planète, il n’y a pas de régulation claire. Avec MiCA, l’Europe est la première à se doter d’un texte et d’un cadre, elle prend donc le leadership.

On dit souvent que les États-Unis innovent, la Chine produit et l’Europe régule. N’est-ce pas encore le cas ?

Les choses changent. L’Europe régule et c’est une bonne chose, mais elle va aussi innover et produire, notamment dans le domaine des cryptos ! Il ne faut pas négliger l’importance de la régulation. Si l’Europe crée ce cadre, elle va réussir à imposer ses standards. MiCA n’est que la première étape dans la transformation du système financier et technologique européen. Le texte ne régule que la partie sur les tokens, les stablecoins et les prestataires de services.

Tout le reste, c’est-à-dire la finance décentralisée, les NFT, le métavers, le lending ou le staking ne sont pas vraiment concernés... Et il s’agit plus largement de la question de l’application de tout ce qui est lié à la blockchain dans l’univers financier dit “traditionnel”. Comment faire pour tokeniser les actifs financiers ? Comment mettre les actions sur la blockchain ? C'est sur quoi l'Europe va travailler.

Que répondez-vous à ceux qui considèrent que MiCA va nuire à l’écosystème crypto européen ?


Ils se trompent. Le monde entier regarde ce que l’Europe fait sur les cryptos. Cet été, un groupe de parlementaires européens est allé aux États-Unis voir des responsables de la Réserve fédérale (Fed), de la Security Exchange Commission (SEC), des élus du Congrès pour leur parler de MiCA, leur expliquer ce que l'Europe fait. Et devinez quoi ? L’un des responsables de la future législation américaine sur les cryptos nous a dit qu’il s’inspirait de… MiCA. C’est ce qu’on appelle “l’effet Bruxelles”, c’est un soft power très important.

Je pense MiCA aura le même impact que le RGPD (Règlement général sur la protection des données). En 2016, beaucoup de gens se posaient des questions sur le RGPD, sur son impact. Avec le recul, on voit bien que ce texte est devenu une référence à l’échelle mondiale avec tous les grands groupes, notamment américains, qui sont contraints de s’y plier pour rester en Europe.

Comment en être sûr ? Comment mesurer l’impact de la régulation ?

Prenez le cas d’une société américaine qui voudrait venir en Europe. Pour s’installer chez nous, elle doit respecter certains standards, certaines obligations, ce qui va la pousser à changer son fonctionnement. La législation européenne va "s’exporter" dans le monde via les entreprises étrangères.

Comment expliquez-vous que les États-Unis ou la Chine n’aient pas pris le leadership si c’est aussi important ?

Ce que l’Europe est en train de faire ce n’est pas simplement offrir de la sécurité juridique aux acteurs cryptos. Elle est en train de créer et structurer un nouveau marché. Je sais bien que MiCA n’est pas la meilleure régulation possible. Il y a des choses à améliorer, mais au moins nous avons une régulation, et donc un marché !

Les États-Unis n’ont pas de marché. Allez demander à un Américain qui travaille dans la crypto ce qu’il pense des États-Unis. Il vous dira ce que disent tous les autres : personne n’est à l’abri d’une sanction du patron de la SEC. Gary Gensler peut intervenir à tout moment.

Comment pouvez-vous dire qu’il n’y a pas de marché aux États-Unis ?

Aux États-Unis, ils sont en train d’essayer de faire rentrer tout le monde dans la régulation financière traditionnelle. En Europe, nous n’avons pas opté pour la même approche : MiCA est un cadre totalement nouveau, adapté aux cryptos et aux tokens.

Ces derniers mois la BCE a bien avancé sur le projet d’euro numérique. Qu’en pensez-vous ? N’y a-t-il pas des sujets notamment en termes de protection de la vie privée ?

MiCA ne concerne pas les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) et la BCE est indépendante du politique, au moins directement. Je comprends très bien les préoccupations sur l'euro numérique, mais personne n’est capable de récupérer et de traiter les données de 500 millions de personnes. On joue à se faire peur. C’est comme sur le yuan numérique. Comment voulez-vous qu’ils arrivent à tracer plus de 1,2 milliard de personnes ? Ils n’y arriveront jamais.

Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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