Comment Sonar veut réinventer la levée de fonds on-chain

23.09.2025
Comment Sonar veut réinventer la levée de fonds on-chain
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Sonar propose une alternative aux launchpads classiques en redonnant aux fondateurs la liberté d’organiser leurs ventes de tokens. Mais cette autonomie s’accompagne de risques accrus pour les investisseurs.

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Cinq cents millions de dollars levés en quelques minutes. C’est l’exploit qu’a réalisé en mai dernier Plasma lors de la vente publique de son token XPL, organisée sur Sonar.

En tout, 1 111 investisseurs ont participé à l’opération, dont quelques whales (gros portefeuilles) qui ont raflé une large part de l’allocation. La scène a rappelé les grandes heures de 2017, quand la fièvre des ICO enflammait la crypto.

La frénésie a été telle qu’une adresse a déboursé 39 ETH rien qu’en frais de gaz, soit plus de 10 millions de dollars de tokens sécurisés.

Au-delà du coup d’éclat, cette levée interroge : assiste-t-on au retour des ICO, sous une forme repensée, plus transparente et décentralisée ? C’est en tout cas l’ambition de Sonar, la plateforme qui veut démocratiser l’accès aux ventes de tokens et rendre le pouvoir aux utilisateurs.

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Qu’est-ce que Sonar ?

Sonar est né dans le giron d’Echo, la plateforme imaginée par Jordan Fish, plus connu sous le pseudonyme “Cobie” sur X. Echo avait un objectif simple : ouvrir aux particuliers des tours de table en seed round, jusque-là réservés aux fonds et aux insiders. En un an, plus de 30 projets y ont levé plus de 100 millions de dollars, parmi lesquels MegaETH, qui a collecté 10 millions en deux ventes express.

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Mais ce succès a rapidement montré ses limites. Les fondateurs voulaient s’adresser directement à leur propre communauté, sans dépendre uniquement de l’audience d’Echo. Or, pour des raisons légales, la plateforme était cantonnée aux levées privées, ce qui empêchait toute promotion publique sur Twitter, Discord ou Telegram.

Autre contrainte : chaque deal devait être adossé à un “group lead”, un investisseur principal validant l’opération.

C’est de cette frustration qu’est né Sonar, un outil conçu pour permettre à n’importe quel fondateur d’organiser sa vente publique de tokens, sans passer par une validation d’Echo.

Le logiciel est pensé comme une infrastructure libre, auto-hébergeable et flexible : ventes aux enchères ou à prix fixe, allocation dynamique, compatibilité multi-chaînes (Solana, Base, Cardano, Hyperliquid…), avec en plus des outils de conformité intégrés.

Les projets peuvent ainsi filtrer certaines juridictions, gérer le KYC et attester l’éligibilité via le passeport eID d’Echo, le tout sans exposer inutilement les données personnelles des investisseurs.

Contrairement aux launchpads traditionnels, Sonar ne propose pas de page vitrine ni de flux d’offres centralisé. Les ventes ne sont pas mises en avant par la plateforme : leur visibilité repose entièrement sur les fondateurs et sur la capacité des investisseurs à chercher, analyser et suivre les communautés.

Dans cette logique, Sonar n’est pas un produit grand public, mais un outil léger destiné aux builders et aux communautés déjà engagées. Comme le résume l’équipe : “Il pourrait y avoir 1 000 ventes simultanées sur Sonar, sans même qu’Echo en soit informé.”

Un fonctionnement à contre-courant

Pour un investisseur, utiliser Sonar n’a rien à voir avec les launchpads traditionnels. Sur Binance Launchpad, par exemple, chaque nouveau projet est mis en avant : bannières en page d’accueil, notifications, relais sur les réseaux sociaux… Même sans suivre l’actualité de près, impossible de passer à côté.

Avec Sonar, la logique est tout autre. Pas de vitrine centrale, pas de calendrier des ventes à venir, pas de mise en avant automatique. Si vous ne suivez pas activement un projet, vous risquez tout simplement de ne jamais savoir qu’une vente est en cours. La responsabilité de la communication repose sur le fondateur, pas sur la plateforme. Un choix assumé, qui rompt avec les codes établis et qui valorise les investisseurs les plus proactifs, ceux qui prennent le temps de chercher et de comprendre avant d’entrer.

Le problème que Sonar veut résoudre

Derrière Sonar, l’ambition d’Echo est limpide : permettre aux fondateurs de vendre leurs tokens directement à leur communauté, plutôt qu’à une masse d’investisseurs anonymes venus pour spéculer.

C’est l’une des grandes limites des launchpads classiques. Portés par leur puissance marketing, ils attirent des milliers de participants, mais une grande partie ne s’intéresse pas vraiment aux projets. Leur logique est simple : obtenir une allocation, revendre au plus vite et empocher un gain rapide. Une mécanique bien connue depuis l’époque des ICO et des IDO (via les exchanges), souvent perçues comme des opportunités d’argent “facile”.

Sonar cherche à casser ce schéma en redonnant la main aux fondateurs. À eux de fixer les règles : restreindre la vente à leur propre base d’utilisateurs, ouvrir plus largement, choisir la chaîne, définir le vesting ou les conditions d’accès. Cette flexibilité leur permet de cibler des investisseurs réellement engagés, et de bâtir une levée de fonds plus en phase avec l’esprit du projet.

Un contre-modèle face aux launchpads classiques

Pour un investisseur habitué aux IDO, Sonar ne paraît pas révolutionnaire au premier abord. Les plateformes comme CoinList ou DAO Maker ont l’avantage d’une interface claire, de projets soigneusement sélectionnés et d’une communication centralisée. Mais ce confort a un prix : des procédures KYC souvent intrusives, une compétition féroce pour obtenir une allocation, et bien souvent l’obligation de staker le token natif de la plateforme.

Sonar prend le contrepied. Grâce au système d’attestation mis en place par Echo (eID), un utilisateur peut prouver son éligibilité sans transmettre directement ses données personnelles à chaque projet. Une garantie de confidentialité appréciable, notamment pour ceux qui participent à plusieurs ventes dans l’année. L’absence de vitrine centralisée réduit par ailleurs la concurrence : seuls les investisseurs attentifs et connectés aux bonnes communautés auront accès aux opportunités au bon moment.

Pour les fondateurs, l’intérêt est tout aussi clair : pas de sélection préalable, pas de dépendance à un acteur centralisé, et une liberté totale dans la structuration de la levée. En réduisant les frictions, Sonar leur offre une autonomie rarement possible sur les launchpads traditionnels.

Les vieux démons des ICO peuvent-ils être évités ?

Entre 2017 et 2018, les ICO ont connu une explosion sans précédent : plus de 4 000 entreprises ont levé 7,1 milliards de dollars en 2017 et près de 19,7 milliards l’année suivante. À titre de comparaison, Kickstarter n’avait collecté “que” 3,3 milliards depuis sa création jusqu’en 2018, et le capital-risque avait investi 3,6 milliards dans les projets blockchain en 2017. Mais l’euphorie a vite laissé place aux dérives : arnaques, projets fantômes, promesses non tenues… Si bien qu’en 2019, le marché s’est effondré.

Il faudra attendre 2021 et la montée des IDO, des launchpads et de la DeFi pour voir renaître un intérêt. Dans ce contexte, peut-on espérer que Sonar évite les erreurs du passé ? Pas complètement. Le logiciel reprend l’esprit originel des ICO (permettre aux fondateurs de lancer librement une vente publique) mais avec des outils plus modernes : filtrage par pays, vesting, gestion du KYC via eID.

Reste une limite de taille : Sonar n’effectue aucune vérification des projets. La plateforme est neutre, elle fournit les moyens mais ne garantit pas la qualité. Elle peut accueillir aussi bien des initiatives solides que des projets opportunistes, voire frauduleux. Tout repose donc sur l’investisseur, appelé à faire ses propres recherches et à ne pas céder à la frénésie.

Comparaison IPO traditionnelle / ICO / Sonar

Source : Rhythm BlockBeats

L’avis de The Big Whale

Sonar ne prétend pas remplacer les launchpads établis comme CoinList ou DAO Maker. La plateforme propose un modèle alternatif, plus brut et plus libre, qui rend aux fondateurs la possibilité d’organiser eux-mêmes leur vente de tokens, sans passer par une structure centralisée.

Cette liberté a toutefois ses contreparties : pas de filtre, pas de promotion automatisée, pas de garanties. Les investisseurs doivent aller chercher l’information, vérifier par eux-mêmes et identifier les projets prometteurs. Sonar valorise l’initiative et la vigilance plutôt que la passivité.

Pour les curieux qui aiment explorer, prendre des risques mesurés et rejoindre des communautés dès leurs débuts, l’outil peut ouvrir des opportunités uniques. Pour les autres, les plateformes plus encadrées restent sans doute une option plus confortable, même si elles impliquent d’arriver plus tard dans la dynamique d’un projet.

Mais faut-il s’attendre à une renaissance des ICO façon 2017 ? Peu probable. À l’époque, chaque levée attirait l’attention simplement parce qu’elle existait, portée par la nouveauté et un FOMO généralisé. Le marché est désormais plus mûr, plus exigeant. Une vente sur Sonar n’a aucune garantie de succès : elle demande une communauté solide, un projet crédible et un bon timing.

Sonar apparaît comme un outil précieux pour les fondateurs en quête d’autonomie. Pour les investisseurs, en revanche, l’expérience n’est pas simplifiée, bien au contraire : elle impose un effort de recherche supplémentaire. Un retour à un Web3 plus organique, mais aussi plus exigeant.

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Format
Analyses
Florent Vallon

Florent Vallon est Analyst chez The Big Whale, média crypto et web3 basé à Paris et fondé en 2022, où il occupe ce poste depuis février 2025. Ses publications chez The Big Whale portent sur les protocoles DeFi et la finance on-chain, avec notamment des analyses d’Uniswap v4, Aave, Lido, EtherFi, restaking, DEX vaults, real-world assets et indices tokenisés. Il couvre également des sujets plus larges du marché crypto, tels que Solana, les memecoins, Cardano et les plateformes d’IA décentralisée.

En parallèle de son rôle chez The Big Whale, Vallon est partner chez White Loop Capital, une société d’investissement privée basée à Paris et spécialisée dans les crypto-actifs, poste qu’il occupe depuis octobre 2021. Il est également cofondateur de SCALIVM, un cabinet de conseil aux entreprises qu’il a lancé en janvier 2020. Avant ces fonctions, il a passé près de dix ans à des postes commerciaux et entrepreneuriaux dans l’e-commerce, la crypto et le SaaS. Il est basé en région parisienne, diplômé de Boston University et titulaire d’une certification Binance.

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