Le bitcoin a terminé la semaine autour de 78 200 dollars, en baisse de 2,24 %. Pour la septième semaine consécutive, il a clôturé au-dessus de sa moving average à 50 semaines, désormais proche de 75 700 dollars. Le cours était pourtant repassé sous les 80 000 dollars dès jeudi. Selon CoinDesk, les difficultés de Samsung ont pesé sur les valeurs technologiques, tandis que le ton ferme de la Fed a aussi incité les investisseurs à réduire leur exposition à la crypto.
Le 29 octobre, le bitcoin a clôturé à 77 839 dollars, son plus bas niveau en clôture depuis le 17 septembre. Sur la semaine, il a évolué entre 76 200 et 81 700 dollars environ. Les altcoins, qui regroupent ici les cryptomonnaies hors bitcoin et stablecoins, ont reculé de 2,3 %. Lundi matin, le bitcoin s’échangeait autour de 78 600 dollars.
Binance : 6,3 milliards de dollars dérobés
Pour les asset managers, les gérants de portefeuille et les équipes chargées des actifs digitaux, le choc de la semaine est venu de Binance. La plateforme a confirmé vendredi que 6,3 milliards de dollars avaient été dérobés dans ses hot wallets, ses portefeuilles connectés à Internet. C’est le vol le plus important jamais enregistré dans la crypto. Le FBI l’a depuis attribué à la Corée du Nord.
Environ 3 milliards de dollars ont pu être bloqués. Binance affirme avoir reconstitué les réserves couvrant 90 % des avoirs de ses clients touchés par le vol. La plateforme a rouvert les retraits dimanche. Sur cette seule journée, les clients ont retiré 3,64 milliards de dollars de plus qu’ils n’en ont déposé.
Deux jours de ventes forcées, une nouvelle semaine de retraits pour les ETF
Ce sont surtout les ventes forcées qui ont amplifié la baisse. Le 29 octobre, après que la Fed a maintenu ses taux tout en laissant la porte ouverte à une hausse, les liquidations ont atteint 1,114 milliard de dollars. Le lendemain, après l’annonce du piratage, 945,12 millions de dollars de positions supplémentaires ont été liquidées. Au total, un peu plus de 2 milliards de dollars en deux jours, dont près de 90 % sur des positions longues.
Les ETF crypto américains ont enregistré 834,08 millions de dollars de sorties nettes sur la semaine. Pour les ETF spot sur le bitcoin, les retraits nets ont atteint 643 millions de dollars sur la seule journée de vendredi, un montant inédit depuis le 25 juin. Sur l’ensemble de la semaine, ils s’élèvent à 203 millions. Les fonds ether ont enregistré 431,4 millions de dollars de sorties nettes, leur cinquième semaine consécutive de retraits, et les fonds Solana 71,6 millions.
Malgré ces liquidations, les funding rates restent positifs sur le bitcoin, l’ether et Solana : les investisseurs qui misent sur la hausse continuent de payer pour conserver leurs positions. Il reste donc du levier sur le marché. Le bitcoin évolue dans une fourchette étroite et les 80 000 dollars, qui servaient jusque-là de soutien, font désormais obstacle au rebond.
Pourquoi la dette des géants du cloud pèse aussi sur la crypto
Les investissements dans l’IA inquiètent désormais les créanciers
Le Nasdaq-100 a perdu 1,98 % la semaine dernière, d’après l’indice US Tech 100 Cash. Il s’agit de sa troisième semaine consécutive de baisse, pour un recul cumulé d’environ 8 %. Ce sont les résultats d’Alphabet qui ont donné le ton. Le groupe a annoncé 51,4 milliards de dollars de dépenses d’investissement et un flux de trésorerie disponible négatif de 9,1 milliards. Le titre a chuté de plus de 12 % en une séance, sa pire performance depuis son introduction en Bourse. Près de 500 milliards de dollars de capitalisation se sont ainsi évaporés.
Sur la semaine, Alphabet a perdu 12,31 %, Meta 4,3 % et Amazon 3 %. Microsoft, qui avait d’abord progressé après la publication de ses résultats, a finalement cédé 0,5 %. Du côté des semi-conducteurs, Intel a chuté de 24,38 % après avoir publié des prévisions décevantes.
Lorsque la trésorerie ne suffit plus à financer les investissements, il faut trouver l’argent ailleurs. Meta en offre l’exemple le plus net : après avoir publié un flux de trésorerie disponible négatif, le groupe a annoncé le 26 octobre une levée de fonds de 95 milliards de dollars. Il s’agit de sa première émission d’actions depuis 2013. Les créanciers, qui s’attendaient à une importante émission obligataire, ont été rassurés de voir Meta se tourner vers ses actionnaires. Le coût d’une protection contre un défaut du groupe a aussitôt diminué.
Cette détente reste relative. Depuis le début de l’année, le coût de cette protection à cinq ans a augmenté de 177 % pour Meta et de 129 % pour Amazon. Les géants du cloud ont beaucoup emprunté pour construire des centres de données dont la rentabilité ne couvre pas encore le coût du capital investi. C’est ce risque que les investisseurs obligataires commencent à intégrer dans leurs prix.
Les capitaux se reportent sur l’énergie et les valeurs défensives
Les investisseurs délaissent les géants du cloud et les semi-conducteurs au profit de secteurs aux revenus plus stables. Selon IG, sur les quatre semaines achevées le 30 octobre, l’énergie, les biens de consommation de base et la santé ont chacun fait mieux que le S&P 500 d’environ 12 à 13 points de pourcentage. À l’inverse, la technologie a sous-performé l’indice de 6,4 points et les services de communication de 13 points.
La comparaison entre les deux versions du S&P 500 montre où se concentre la baisse. L’indice classique, dans lequel les plus grandes capitalisations pèsent le plus lourd, a perdu 1,1 %. Sur la même période, la version qui accorde le même poids à chaque entreprise a gagné 4,4 %.
La croissance et l’inflation laissent la porte ouverte à une hausse des taux
Aux États-Unis, le PIB a progressé de 3,4 % au troisième trimestre, contre 3,2 % attendus. L’inflation sous-jacente mesurée par l’indice PCE s’est établie à 3,1 % sur un an. La Fed a maintenu ses taux entre 3,75 % et 4 %, par dix voix contre deux. Les deux membres en désaccord souhaitaient une hausse.
Malgré la vigueur de la croissance et de l’inflation, les investisseurs se sont tournés vers les obligations du Trésor américain. Leur rendement à dix ans a reculé d’environ 7 points de base, à 4,93 %. L’or a suivi le chemin inverse : la baisse des actions a provoqué des ventes forcées et son cours a perdu environ 3 %, à près de 3 876 dollars, son plus bas niveau depuis plus d’un an. Selon nous, une partie des capitaux retirés de l’or se reporte sur les obligations du Trésor. Sur le marché du pétrole, les risques d’approvisionnement au Moyen-Orient ont maintenu le WTI autour de 104 dollars à la clôture, tandis que le Brent s’échangeait entre 113 et 118 dollars.
Ce que le piratage de Binance a changé
Pour distinguer l’effet du piratage de celui de la baisse des actions, il faut revenir à la chronologie. Jeudi, le bitcoin reculait déjà dans le sillage des valeurs technologiques et des déclarations de la Fed. Vendredi, le piratage de Binance a ébranlé la confiance dans les plateformes centralisées. Les ETF bitcoin ont alors subi 643 millions de dollars de sorties nettes en une journée. Lundi matin, le bitcoin était revenu autour de 78 600 dollars. À nos yeux, le piratage a accentué une baisse dont il n’était pas à l’origine.
L’analyse de The Big Whale
Le scénario de la semaine dernière s’est confirmé
Dans notre précédente édition, nous expliquions que les investisseurs commençaient à regarder l’IA autrement : ils s’interrogeaient moins sur ses perspectives de croissance que sur le coût de son financement.
Nous avions identifié trois risques. Un maintien des taux accompagné d’un discours ferme de la Fed fragiliserait d’abord les positions longues. Une clôture sous les 80 000 dollars rapprocherait le bitcoin de sa moving average à 50 semaines. Enfin, des résultats décevants chez un fabricant de semi-conducteurs ou une dégradation de la trésorerie d’un géant du cloud pourraient étendre la baisse au reste du marché. Les trois se sont matérialisés en quelques jours. Le piratage de Binance, lui, ne figurait pas dans nos scénarios.
Ce que nous retenons de la semaine
La correction des actions tient d’abord aux inquiétudes sur le financement des investissements dans l’IA. Les quatre grands groupes de cloud ont terminé la semaine en baisse, tandis que les investisseurs se sont reportés sur des secteurs qui dégagent des flux de trésorerie plus réguliers.
Sur le marché crypto, le recul de l’appétit pour le risque a déclenché des liquidations de positions longues, avant que le piratage de Binance ne fragilise à son tour la confiance dans les plateformes centralisées. Ni les cours ni les flux des ETF ne signalent pour l’instant un retour des acheteurs. Et tant que les funding rates restent positifs, une nouvelle baisse peut encore provoquer des ventes forcées.
Ce que nous attendons désormais
Les actifs risqués devraient rester sous pression à l’approche des élections de mi-mandat, du rapport sur l’emploi américain et des chiffres d’inflation d’octobre. À fin septembre, Challenger recensait 165 925 suppressions de postes annoncées depuis le début de l’année dans la technologie, davantage que dans tout autre secteur. Nous nous attendons à ce que les licenciements s’intensifient d’ici à la fin de l’année.
Dans le même temps, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les prix du pétrole devraient entretenir l’inflation. La Fed risque donc de devoir composer avec une hausse simultanée du chômage et des prix. Pour les géants du cloud qui doivent encore emprunter, cela signifie que le financement restera cher.
Les élections de mi-mandat auront lieu le 3 novembre. AMD et Qualcomm publieront leurs résultats cette semaine. Le 5 novembre, Challenger dévoilera les suppressions de postes annoncées en octobre. Le rapport officiel sur l’emploi suivra vendredi 6 novembre : le consensus table sur 55 000 créations d’emplois et un taux de chômage de 4,2 %. Les chiffres de l’inflation d’octobre sont attendus le 10 novembre, puis les résultats de Nvidia le 17.
Pour le bitcoin, deux seuils permettront de juger de la suite. Une clôture quotidienne sous sa moving average à 50 semaines, proche de 75 700 dollars, remettrait en cause le signal de reprise observé depuis septembre. À l’inverse, une clôture au-dessus de 80 000 dollars, accompagnée de nouvelles entrées dans les ETF, serait le premier signe que le marché a absorbé le choc du piratage.


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