Pablo Veyrat (Angle Protocol) : "Nous voulons devenir le moyen le plus efficace pour échanger des stablecoins"

03.04.2024
Pablo Veyrat (Angle Protocol) : "Nous voulons devenir le moyen le plus efficace pour échanger des stablecoins"
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Émetteur du stablecoin euro EURA (ex-agEUR), le protocole d’origine française Angle a récemment lancé une version dollar (USDA). Son concepteur Pablo Veyrat détaille à The Big Whale sa vision qui ferait d’Angle une sorte de “marché Forex” pour stablecoins.

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The Big Whale : Pourquoi avoir lancé un stablecoin dollar ?

Pablo Veyrat : C'est la conjonction de plusieurs facteurs. Dès que nous nous sommes lancés en 2021, nous avions déjà en tête d'être une sorte de "hub" pour stablecoins. Après avoir développé un stablecoin euro (agEUR désormais rebaptisé EURA, ndlr), il était logique de proposer une version arrimée au dollar (USDA, ndlr).

En 2021, il existait également une grande incertitude concernant l'aspect légal des stablecoins dollars. Aujourd'hui, ils sont presque une évidence pour les autorités américaines qui semblent avoir compris qu’ils sont des outils très intéressants pour eux. D'abord, ils permettent de faire circuler le dollar sur la blockchain. Ensuite, ils sont d'importants acheteurs de bons du Trésor américain. Les interdire, ce serait se priver d'une manne financière importante.

En tant qu’Européens, on regrette souvent que les stablecoins dollars soient ultra-dominants, est-ce une manière d’acter cela ?

C'est vrai que l'on trouvait assez frustrant d'aller aussi loin techniquement sur l'euro dans un marché où la demande n’est pas très forte. Depuis un peu plus de trois ans, nous nous efforçons de construire un mécanisme de stabilité plus solide que celui de certains stablecoins décentralisés pourtant bien installés sur le marché (comme le DAI de Maker, ndlr). Notre volonté est vraiment de proposer des stablecoins très performants, peu importe leur devise.

Ce nouveau stablecoin ne risque-t-il pas de fragmenter davantage le marché ?

Nous n'avons pas pour objectif de concurrencer des acteurs comme l'USDC de Circle (33 milliards de dollars de capitalisation), mais plutôt de les compléter. Nous voyons Angle Protocol comme une sorte de “superconducteur” via lequel les utilisateurs de stablecoins massivement distribués (comme l’USDC) pourraient bénéficier de caractéristiques qui ne sont pas offertes nativement, comme du rendement, mais aussi de passer d’une blockchain à une autre sans aucun frais et avec des coûts d’emprunt attractifs. Nous pensons que nous pouvons devenir une sorte de “Forex” de l’écosystème crypto, c’est-à-dire une place de marché où se négocient les stablecoins.

C'est-à-dire ?

L'objectif est d'offrir de l'échange de stablecoins à bas coût en évitant au maximum les glissements de prix ou les taux de conversion trop importants. Avec notre mécanisme de réserve, nous voulons permettre à nos utilisateurs d'échanger du dollar et de l'euro sans surcoût. En disposant d'un stablecoin euro et dollar, on permet de répondre à 99% de la demande du marché.

Un tel service pourrait avoir de l’utilité bien au-delà de la crypto, c’est-à-dire dans toutes conversions euro-dollar traditionnelles.

Oui, nous voulons être la solution technique qui connecte l'euro au dollar de la manière la plus simple possible.

Comment comptez-vous convaincre les institutions financières traditionnelles d’opter pour un système décentralisé comme Angle ?

Je pense que c'est un faux problème. Ce que veulent les institutions financières traditionnelles, c'est s'assurer qu'un protocole ne sera pas manipulable par un groupe d'individus mal-intentionnés. Angle Labs, la société à l'origine du protocole, n'a plus la main sur le protocole dont la gouvernance est assurée par l’ensemble des détenteurs du token ANGLE. Cela permet une transparence des décisions car la gouvernance s’exerce directement sur la blockchain où tout est public.

Personnellement, je n'aime pas trop le mot "décentralisé". Je préfère plutôt le mot "open finance" pour décrire la finance décentralisée (DeFi), c'est-à-dire un écosystème où il est possible d'innover facilement avec davantage de transparence que le système financier traditionnel. Nous pensons vraiment que la blockchain est un standard plus efficace pour construire des applications financières, pour toutes les raisons que j'ai déjà évoquées.

Pourquoi avoir fait le choix des développer des stablecoins “décentralisés” alors ?

Un stablecoin a besoin d'être décentralisé lorsqu’il est conçu comme une solution de pooling, c’est-à-dire lorsque sa réserve contient une grande diversité d’actifs. Cette solution qui intègre plusieurs acteurs permet d’éliminer de nombreuses frictions de marché.

Quelle est la nature de vos relations avec les acteurs traditionnels ?

Pour le moment, nous en sommes encore largement au stade exploratoire. Il existe aussi encore d'importants problèmes réglementaires pour savoir comment les banques doivent interagir avec la DeFi. C'est un frein très important, sans compter le manque de garantie pour elles concernant les risques liés aux hacks.

Le règlement européen MiCA entre en vigueur cet été et va contraindre les émetteurs de stablecoins centralisés à décrocher des licences pour être distribués. Angle devrait être épargné, au moins à court terme, en raison de sa nature décentralisée. Comment voyez-vous les choses ?

Ce sont les plateformes d'échange qui vont en quelque sorte décider quels stablecoins pourront être largement distribués sur le marché. On commence déjà à voir des plateformes qui bannissent certains stablecoins pour leurs utilisateurs européens (OKX a bannit l’USDT de Tether en mars, ndlr). Selon moi, la grosse bataille se jouera au niveau des plateformes d’échange.

Comment Angle va-t-il être régulé à partir de cet été ?

Nous comptons clairement bénéficier de "l'exemption DeFi" en tant que stablecoin décentralisé. En tout cas, nous mettons tout en oeuvre pour convaincre les régulateurs.

Format
Analyses
Louis Tellier

Louis Tellier est Lead Institutional Research chez Blockstories, où il se concentre sur le développement de l’offre institutionnelle dédiée aux actifs numériques. Il a rejoint Blockstories en avril 2025. Fondée en 2022, Blockstories est basée à Berlin et dispose d’une présence en France et en Suisse.

Avant de rejoindre Blockstories, Louis Tellier a travaillé comme journaliste crypto chez The Big Whale d’août 2023 à janvier 2025, couvrant les sujets liés aux crypto-actifs et à la blockchain. Auparavant, il a été journaliste à L’AGEFI de mai 2022 à juillet 2023, avec une spécialisation sur les cryptomonnaies. Plus tôt dans sa carrière, il a travaillé comme journaliste web et vidéo chez BFM Business, puis comme journaliste vidéo au Figaro. Il a également enseigné le journalisme à l’IICP à Paris pendant trois ans et demi, avec un focus sur le journalisme vidéo web. Louis Tellier est diplômé de Sciences Po Grenoble et de l’Université de Lille.

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