FTX : Et à la fin, c’est Binance qui gagne
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Après plusieurs rebondissements, la plateforme d'échange crypto Binance ne va pas racheter son principal rival FTX. Les marchés sont en chute libre.

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Une séquence digne des meilleurs films.

La semaine dernière, le patron de Binance, Changpeng Zhao (surnommé "CZ"), a annoncé dans un tweet que son groupe - 120 millions d'utilisateurs - n'allait finalement pas mettre la main sur FTX, qui n’est autre que l’un de ses principaux rivaux.

Que s’est-il passé ? Comment FTX a-t-il fait faillite en quelques jours ? Retour sur l’une des séquences les plus incroyables de la courte histoire des cryptos.

Que s’est-il passé ?

Tout a démarré dimanche dernier. Dans un tweet, "CZ" a expliqué que son groupe allait vendre tous ses “FTT”, le token émis par son rival Américain FTX.

Les jetons FTT offrent à leurs détenteurs des avantages sur la plateforme d’échange FTX.

"CZ" a indiqué vouloir vendre un peu plus de 500 millions de dollars de FTT, qu’il détient depuis la vente de ses parts dans FTX. Il a surtout précisé que cette vente était liée à de "récentes informations" - celles de Coindesk - selon lesquelles le bilan financier de la société d’investissement Alameda Research serait en grande majorité composé de… jetons FTT.

Quel est le problème ?

Le fait qu’Alameda Research détienne des FTT n’est pas un problème en soi. Le (gros) problème, c’est qu’Alameda Research appartient à Sam Bankman-Fried (surnommé “SBF”), qui est aussi le patron de… FTX.  Autrement dit, les deux sociétés qui appartiennent au même homme se soutiennent mutuellement. Pas très rassurant ! 😅

Selon Coindesk, Alameda disposerait de 3,66 milliards de dollars en FTT et de 2,16 milliards de dollars répertoriés comme des “garanties” en FTT. Le reste, soit quelques milliards, serait constitué de tokens de projets soutenus par Sam Bankman-Fried, dont Solana, Serum, Maps, Oxy et Fida.

La directrice générale d'Alameda, Caroline Ellison, a précisé dimanche que les chiffres divulgués par Coindesk ne représentaient qu'une "fraction" des avoirs de la société, et que cette dernière comptait 10 milliards de dollars d'actifs supplémentaires.

Cela n'a toutefois pas suffi à apaiser les craintes de certains sur les marchés. Rapidement, le token FTT a été vendu en grande quantité, passant largement sous la barre des 20 dollars, un niveau qu’il n’a pas touché depuis presque deux ans…

Surtout, les investisseurs ont commencé à retirer leurs fonds de FTX.

Comment Sam Bankman-Fried a-t-il réagi ?

Le patron de FTX a insisté jusqu’à mardi sur le fait que sa plateforme se portait "bien". "Un concurrent essaie de s'en prendre à nous avec de fausses rumeurs", a-t-il tweeté, ajoutant : "FTX va bien. Les actifs vont bien. FTX peut couvrir tous les avoirs de ses clients."

Sam Bankman-Fried, qui n’a pas évoqué la situation d’Alameda, a conclu avec une pique envoyée à Binance : "J'aimerais beaucoup, Changpeng Zhao, que nous puissions travailler ensemble pour l'écosystème."

Qu’est-ce qui a déclenché le rachat ?

Les propos de SBF n’y ont rien fait. En deux jours, des dizaines de milliers de clients de FTX ont retiré leurs fonds de la plateforme.

Selon un message publié par le jeune patron sur le compte Telegram de l’entreprise, celle-ci a enregistré autour de 6 milliards de dollars de retraits nets en l’espace de 72 heures ! Très vite, FTX a été dépassé et n’a pas eu d’autres choix que de stopper les retraits. Mardi, les clients ne pouvaient plus récupérer leurs fonds à la mi-journée.

En fin de journée, CZ et SBF ont annoncé simultanément un accord pour permettre à FTX de reprendre ses activités et de gérer les problèmes de liquidités 💸.

Mais hier, CZ a donc annoncé qu'il ne rachèterait pas la société, ce qui condamnerait FTX… et potentiellement tous ses utilisateurs. Dans une lettre envoyée aux investisseurs, parmi lesquels on retrouve quelques géants comme Sequoia ou SoftBank, SBF a expliqué être "désolé" et essayer de tout faire pour limiter les pertes.

Ce retournement de situation est assez incroyable. Début octobre, dans une interview avec The Big Whale (disponible ici en accès Premium), SBF avait expliqué que FTX était en pleine forme et prévoyait même de faire des "acquisitions importantes", notamment en Europe.

Qu’est-ce qui a pu provoquer cette "bataille" ?

Interrogé en début de semaine, "CZ" a expliqué qu’il avait pris la décision de vendre tous ses jetons FTT uniquement pour gérer au mieux “les risques” de marché, quelques mois après l’effondrement du projet Terra Luna. Au printemps, la chute du Luna avait provoqué d’importants remous et fait tomber plusieurs acteurs du secteur comme Celsius.

Mais l’explication est sûrement ailleurs. Depuis quelques semaines, les tensions entre l’Américain et le Sino-canadien n’ont cessé de monter au sujet de la régulation.

Est-ce que SBF était devenu trop gênant pour CZ ? Difficile de le savoir. Il marque en tout cas un tournant dans le secteur.

Format
Analyses
Grégory Raymond

Grégory Raymond est directeur de la recherche et co-fondateur de The Big Whale. Spécialiste de l'intersection entre finance traditionnelle et actifs numériques, il couvre depuis 2017 les enjeux réglementaires, institutionnels et technologiques du secteur pour une audience de décideurs (banques, asset managers, fintechs). Il est également l'auteur de "Bitcoin & Cryptos : L'enjeu du siècle" (Talent Éditions, 2025), un ouvrage structuré autour d'entretiens avec des figures clés de l'écosystème.

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Raphaël Bloch

Raphaël Bloch est CEO et cofondateur de The Big Whale, une plateforme indépendante d’intelligence de marché sur les actifs numériques, destinée aux acteurs des marchés financiers à travers une couverture éditoriale, de la recherche, un briefing hebdomadaire et des événements en présentiel. Il a cofondé The Big Whale en avril 2022. Au sein de la plateforme, il modère et anime des événements institutionnels réunissant banques, asset managers, custodians et fournisseurs d’infrastructure sur des sujets tels que le staking, l’on-chain yield, les stablecoins, le DeFi lending et la tokenisation. Il a modéré des panels lors d’événements organisés en partenariat avec Bitwise, Everstake, Gemini, Morpho, Hexarq, Coinhouse, Delubac, Franklin Templeton et l’Ethereum Foundation, à Londres et à Paris entre fin 2025 et mi-2026.

Avant de fonder The Big Whale, Bloch a travaillé comme journaliste aux Echos de décembre 2016 à mars 2020, puis à L’Express de mars 2020 à mars 2022. Il a également travaillé auparavant chez Reuters. Depuis septembre 2022, il exerce en parallèle le rôle de Business Analyst chez BFM Business. Il couvre le secteur crypto comme journaliste depuis 2016. Il est diplômé d’emlyon et du CFJ.

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